Latitude 22° 0’33.24″S

3465 Mètres

Latitude  22° 0’33.24″S

Longitude  65°34’5.92″O

Altitude 3460 mètres

Il fait froid, il pleut sur ce haut plateau ou la caravane du Dakar s’est parquée suite à des inondations, nous empêchant de passer la frontière et de continuer notre route vers la ville de Salta Argentine.

Le Dakar cette «aventure» ne déplace pas moins de cinq mille personnes. Imaginez le bazar d’un bivouac de fortune. Une vraie foire aux bestiaux !!!

Première civilisation Villazón, village Bolivien frontalier à l’Argentine. On y trouve comme dans tous ces endroits frontaliers, des petits commerces légaux mais également, d’autres liés à toutes sortes de contrebandes. Une rue traversante goudronnée, puis un dédale de chemins de terre dessert la ville. Un joli bourbier les jours de pluie.

Enfin de toute façon, je suis bloqué à 30 kilomètres de là sur un endroit où les cailloux poussent avec les cactus. Un endroit merveilleux et calme, propice à la méditation. Je vais avoir du temps. L’organisation annonce deux jours d’immobilisation.

J’apprends que les pluies torrentielles ont fait gonfler les cours d’eau créant des inondations dévastatrices dans les villages de la vallée. Bien plus tard, la réalité dépassera ce que j’avais imaginé, des villages rasés des pans de montagnes les ont ensevelis, des morts, des disparus, des gens sans abris. Des secours qui mettront des jours à s’organiser. Je me sens impuissant, pas à ma place dans cet endroit, bloqué sans avoir la possibilité d’aider ces gens. Nous avons du matériel, de l’eau, de la nourriture, des groupes électrogènes, des moyens humains et nous ne pouvons aider personnes.

J’ai honte, j’ai honte.

La caravane du Dakar est là immobilisée. Autour de moi, j’entends des gens qui sont en colère car ils ne peuvent pas continuer leur aventure. J’imagine les cris de l’enfant qui a perdu ses parents, j’imagine les cris des parents qui cherchent leurs enfants. Le désespoir de ce père, de cette mère, de ces malheureux les yeux embrumés de chagrin scrutant le ciel et demandant à Dieu pourquoi ?

Les hurlements, les larmes, la souffrance courent le long des ravines, remontant sur les plateaux Boliviens, les enveloppant dans un manteau de misère. l’horizon a disparu, le ciel gis se confond avec la terre. Triste journée. Comment pourrais-je m’enfuir de ce cauchemar moi qui suis là inutile, impuissant. Perdu dans mes pensées, je perçois au loin un couple de Bolivien, enfin je suppose qu’ils sont Boliviens.

Je ne sais pas d’où ils viennent ?

Derrière eux la montagne, devant la steppe. Ils se dirigent droit sur le bivouac.

Pacco Palnes

L’homme âgé d’environ 55 ou 60 ans, à moins qu’il ne soit plus jeune ?

Il est maigre, le visage creusé, sa peau burinée par le soleil ressemble à cette terre ravinée par les orages des montagnes. Son visage arbore un grand sourire, laissant entrevoir des espaces libres dans sa bouche, laissés par des dents disparues. La femme qui l’accompagne ne me semble guère plus jeune. Elle aussi arbore un sourire radieux, laissant transparaître une joie de vivre commune. Leurs vêtements usés, leurs corps amaigris en rapport à ce que j’ai l’habitude de voir en Europe, laisse envisager des conditions de vie rudes.

Derrière eux un jeune garçon d’environ 8 ans les accompagne. Il est de petite taille. Vêtu d’un poncho bien trop grand pour lui, il suit ces deux êtres.

Probablement ses parents.

Un bonnet sur la tête, laisse apparaître un visage poupon. Ses yeux sont rougis par le vent froid de ces hauts plateaux. L’enfant arbore le même sourire que l’homme et la femme qu’il accompagne. La joie étant contagieuse, je me surprends à sourire.

D’où viennent ces gens ?

Il n’y a pas de civilisation à moins de 30 kilomètres à la ronde. Mais je me rends compte que cela est bien une réflexion d’homme « civilisé » incapable de survivre sans un supermarché, un distributeur de billet, une voiture, un confortable endroit pour dormir, enfin sans assistance.

Laisse tout cela de coté me dis-je.

Respire.

Ressent.

Laisse l’instant, l’instinct agir.

Je suis conquis par la simplicité, l’authenticité de ces gens.

Comment pourrais-je entrer en contact avec eux ?

Leur sourire est un bien fait, comme de l’eau sur une brûlure.

Que pourrais je leur offrir en retour ?

En réalité je n’ai rien dont ils ont besoin !

Peut-être que le petit garçon aimerait une casquette ?

Je cours au camion extirpe de mon sac le couvre chef. Ils sont venus voir le bivouac après tout. Il se peut que cela lui plaise, j’ai presque honte de n’avoir que si peu à leur offrir. Une casquette « made in china » un produit fabriqué au rabais. Je me reprends, peu importe l’offrande, si elle vient du cœur. Égoïstement j’ai envie de voir dans les yeux de l’enfant, l’émerveillement. Le plaisir d’avoir un souvenir qui lui rappellera cet instant où il a croisé dans son espace de vie cet étrange caravane de chevaux mécaniques.

J’ai envie qu’il sache que je l’ai vu, que j’ai vu ses parents.

J’ai envie qu’il sache que je traverse son pays comme un fantôme silencieux. Je souhaite qu’il sache que je suis touché, ému au plus profond de mon âme par leurs présences.

Je m’approche de l’homme et la femme.

« con su permisso » leur montrant la casquette. Un hochement de tête me donne l’approbation.

Je tends l’objet en question à l’enfant. En le regardant droit dans les yeux, j’ai vu dans son regard que le fantôme que je suis s’est matérialisé, à l’instant ou nos regards se sont croisés.

Nos âmes se sont dit bonjour, lui des hauts plateaux Boliviens, moi des plaines du sud de l’Europe.

L’enfant ne dit rien, son regard dans le mien, 50 ans nous séparent. Notre culture nous sépare et pourtant nous sommes là, l’un en face de l’autre et nous nous voyons.

La casquette passe de mes mains aux siennes.

A cet instant mon cœur bat à en sortir de ma poitrine.

La voix de l’homme et de la femme retenti dans un Gracias, gracias.

Mon regard alors, se tourne dans leurs yeux. Nos âmes se croisent furtivement.

Un dernier regard vers l’enfant, nos routes se séparent.

Je voudrais serrer mes fils dans mes bras. Je voudrais sentir leurs chaleurs.

Je voudrais rentrer chez moi.

Pacco Palnes

Le temps finalement compte t’il vraiment ?

Photo Pacco Palnes

Le temps cet ennemi trop souvent nous prend par surprise. Il se calcule en année, en mois, en semaine, en heure. Quelques fois le temps se divise, se fragmente, alors il prend une toute autre forme se matérialisant en moments merveilleux.

Instant de grâce ou tout est mouvement, dans une atmosphère douce et sucrée, ou chaque détail est perçu comme un bien fait, comme un don divin.

Ce temps, bien souvent à juste titre perçu comme dévastateur, sans crier garde vous offre une fenêtre sur un moment hors du commun.

Les secondes deviennent alors des perles de rosée.

88 128 000 secondes d’intenses émotions.

88 128 000 secondes ou le temps s’écoule trop vite.

88 128 000 secondes dédiées, à focaliser son attention sur une seule et unique personne.

L’écouter, percevoir sur son visage l’émotion de son récit. Dans le timbre de sa voix la lassitude d’une situation trop longuement installée. Attentif à sa respiration durant son élocution, le débit des mots qui peuvent soit s’accélérer soit ralentir comme pour exprimer les moments d’un bonheur vécu, l’émotion, ou bien la souffrance latente.

L’écouter sans jugement, sans vouloir faire un parallèle avec une situation que l’on aurait pu vivre.

L’écouter dans un esprit d’empathie, accepter de se laisser pénétrer, comme une éponge qui absorberait un liquide renversé sur une table.

Lui octroyer des moments de calme, afin de détourner son esprit ne serait ce qu’un instant, en l’entourant d’attention.

Prendre soin de cet être cher, veiller à lui apporter par des gestes simples le réconfort dont elle a besoin.

photo Pacco Palnes

S’immerger dans l’eau jusqu’au torse, ouvrir ses bras afin qu’elle se glisse dans votre espace. Juste la maintenir sans chercher le contact. Lui faire sentir le soutien, juste le soutien, sentir son corps s’alourdir sur vos bras, regarder son sourire, savoir que cet instant ne durera pas.

La douceur dans laquelle elle s’enveloppe lui apporte le réconfort d’un instant, lire dans ces yeux la plénitude du moment, quelle plus belle récompense peux t’elle vous donner ?

Percevoir l’instant ou vous devez lui dire de partir. Rester fort afin de ne pas vouloir prolonger cet espace irréel qui vous est offert.

A cet instant précis, ou les adieux peuvent être perçus comme insurmontables, donner la possibilité à l’esprit de figer ces 88 128 000 secondes, permettant d’adoucir la déchirure de cette séparation.

Lorsque vous êtes enfin seul, sentir votre regard s’embrumer, ne pas retenir son émotion et s’apercevoir dans une demi-conscience que vos joues s’humidifient de vos larmes. Se laisser submerger par l’émotion afin de ne pas avoir le regret de ce départ toujours trop brutal.

A cet instant précis, vous percevez le don que vient de vous faire cet être précieux. Vous percevez la richesse de cette personne, et tout l’amour quelle vous porte.

Mon cœur, toi qui m’as porté durant ces 88 128 000 secondes. Toi qui m’as enveloppé de ton d’affection, de ton attention, de ton amour. Je voudrais te témoigner de ma gratitude pour ce don.  Certain, que je ne pourrais probablement jamais te rendre ce que tu m’as donné.

A toi, bien à toi mon Amie, ma confidente, ma douce, mon Ame.

Pacco Palnes

Et si nous n’étions jamais prêt.

PHOTO PACCO PALNES
Avez-vous remarqué, il manque toujours un détail, afin que tout soit parfait !

Il est 21h27 minutes précisément. Nous sommes le 18 aout 2019.  Cela fait une petite heure que je suis arrivé à Mojacar l’Andalouse. je me suis mis en tête de participer le lendemain à une course pédestre. la petite place sur laquelle je me trouve se situe au cœur du village. La serveuse vient de m’installer pour souper. Mojacar est perché sur un python rocheux d’environ 180 mètres de haut. Le vieux village fut construit, dans le flanc de la montagne en face de la mer. 

Environ 6000 personnes vivent ici à l’année. Nous sommes au mois d’aout et étonnamment, une brise marine rafraîchit l’air ambiant. Il fait presque froid. A cette heure-ci, la décontraction et la jovialité sont perceptibles. Des couples, des familles, des retrouvailles d’amis (es) tous semblent passer une belle soirée autour d’un repas, d’un verre ou de tapas. La bière coule à flot. Il semble qu’en Espagne il se boive plus de bière que d’eau légende ou vérité je vous engage à aller voir. 

Il faut vous dire que Mojacar est une cascade de places ou les restaurant et Bars en tous genres ont étalés leurs tables afin d’accueillir la clientèle. Lorsque vous arrivez en ces lieux il y règne une cacophonie incroyable à croire que l’Espagnol compte double. Chaque table parle plus fort que celle d’à côté. Cela donne une impression étonnante. Rassurez-vous, votre oreille s’acclimate assez rapidement à ce brouhaha. En réalité si vous avez l’impression qu’ils sont 100 vous divisez par 2 et vous avez plus ou moins le nombre de personnes présentes. L’Espagne comme l’Amérique du sud ne supporte pas le silence, ni l’ordre. Cela me convient. J’aime cette improvisation ou les choses se font et se passent de façon plutôt naturelle.

Je commande un repas léger, avocats, salade verte et tomate.

Demain je cours ! 

Je tends l’oreille, les langues parlées en cet endroit sont multiples. De l’espagnol bien entendu, de l’anglais à l’accent je crois bien qu’il s’agit d’Américains. Du Français, le français voyage mais parle encore mal les langues. Je dois avouer que cela fait du bien de savoir que ces gens ont la même nationalité que moi. A leur façon de prononcer les mots je comprends qu’ils sont du nord, ils sont “chti”. 

C’est une famille de 4 personnes, les parents ont environs 45 ans la femme comme l’homme sont corpulents. Les deux enfants garçon et fille blonds comme les blés affichent également un surpoids. Le garçon doit avoir environ 10 ans, la fille au grand maximum 12 ans, ils semblent bien s’entendre. Je suis ému par ces gens d’une apparence simple. Les enfants avec leur argent de poche sont allés chercher un cadeau qu’ils offrent avec une grande tendresse à leurs parents. La scène est touchante, je perçois une grande émotion. Le Père délicatement déplie le papier qui entoure le présent et montre à sa femme une boule dans laquelle se trouve Mojacar, en retournant la boule des billes de polystyrènes simulent la neige. Le petit garçon propose à ses parents de placer ce présent dans la salle à manger de la maison en rentrant. Le papa regarde ses enfants, puis se tourne vers sa femme. Nous placerons votre cadeau sur notre table de nuit dans notre chambre dit-il en souriant.

Les larmes me montent aux yeux, l’amour, la tendresse sont omniprésents. Une lumière dans la nuit. Je suis heureux d’avoir eu le privilège silencieux d’assister à cela.

J’ai fini mon repas, je décide de prendre le café ailleurs un peu plus bas dans un bar ou la terrasse, loin de l’agitation du centre du village me permettra de vider mon esprit. 

Je jette un dernier regard sur cette cour des miracles demain je me lève tôt, je ne suis pas venu là au hasard, je saluts en souhaitant un bon séjour et de bonnes vacances à mes “amis (es) ” du nord et je quitte les lieux.

En déambulant dans ce dédalle de rues étroites, pour arriver à cet endroit ou j’ai décidé de me poser pour boire ce fameux café. Je ne peux m’empêcher de repenser avec une grande émotion à cette famille. 

Enfin le fameux bar, l’ambiance est plus calme il se situe en bordure du village, près d’un grand parking.  Je me pose à une table en extérieur, comment vous dire le Café en Espagne se boit de différente façon ! 

  • Granizado (glacé par une machine qui empêche le café de congeler totalement et crée de cristaux de glace)
  • Blanco y négro (café granizado avec une boule de vanille)
  • Café con léche le plus simple un café au lait.
  • Café con yelo un café avec un glaçon.
  • Un carajillo un café arrosé le plus souvent avec un cognac ou du whisky ou de l’anis.
  • Un condensado café avec du lait concentré
  • Un manchado café avec du lait concentré et du cognac
  • Un solo un expresso de chez nous.
  • Un cortado café avec un nuage lait (machiato)

J’attends le garçon, oui il faut vous dire qu’en Espagne on passe beaucoup de temps à attendre le garçon ! je la joue à l’Espagnole je l’appelle sans me soucier des gens autours qui d’ailleurs sont peu nombreux. Je l’appelle fort ! il vient, je commande un café solo, je ris car il me demande si je le veux court ou long ? 

Court s’il vous plait Monsieur le serveur.

Dans un verre ou une tasse me répond -il 

Allons-y pour un verre Monsieur le serveur. J’aime l’Espagne.

Quelques minutes plus tard, je récupère le fameux café en question. J’aime cette odeur, elle m’apaise, j’aime le gout du café, il ne m’empêche aucunement de dormir. Un moment à moi ou ce gout cette saveur me transporte en mon centre. Je repose la tasse, je suis dans l’instant rien d’autre n’existe. Juste ce moment. Il y a quelques heures déjà que la nuit à tout englouti autour d’elle. Seules les lumières artificielles des néons, des ampoules, des lampadaires municipaux nous protègent du noir absolu. J’oublie les portables quel que soit l’endroit du monde où l’on se trouve, ils illuminent l’attaque sournoise de la nuit. Ils sont là ces êtres étranges que l’on nomme Android ou IOS ils sont là dans les mains des gens qu’ils soient accompagnés ou seul. Le portable est comme le scotch double face tu le retires d’une main il reste coller dans l’autre !!! Ça m’éclate !!

Vous avez peut-être un enfant Adolescent, tu essaies de lui parler et lui les yeux rivés sur le téléphone les doigts glissant sur le clavier tel un virtuose du piano te réponds « tu ne vois pas que je communique » 

Ha pardon suis-je bête !!!

 Il est tard, je ne finirais pas ce café.

Il est temps de me diriger vers ma chambre. Un endroit que j’ai découvert grâce à internet quelques jours plus tôt après m’être inscrit aux 10 kms de Mojacar.

Je n’envisageais pas, même si cela était tout à fait réalisable d’arriver le jour de la course. J’avais envie, besoin de m’imprégner de l’ambiance. Je m’étais mis en quête d’un hôtel jusqu’au moment où je tombe sur :

Cortijo de la Fuensenta, (la ferme de la vierge qui voit des choses qui n’existe pas) je ne sais pourquoi, le nom peut être, une photo surement enfin toujours est-il que j’appelle afin de me renseigner sur la disponibilité d’une chambre pour le 17 Aout au soir. Un homme me répond, je commence la discussion en Espagnol, mais nous nous rendons à l’évidence. Nous parlons Français tous les deux. Les jeux sont faits, ce sera là et nulle part ailleurs. La transaction est simple un virement bancaire et la chambre est réservée. 

Je suis arrivé aux alentours de 20 H pour prendre possession de ce qui sera mon lieu de vie l’espace de quelques heures. L’endroit se situe à environs 300 mètres légèrement excentré du village. Ce qui me plait vu que les Espagnols ne sont pas des modèles de discrétion. De plus en cette période estivale ils ont une fâcheuse tendance à inventer des fêtes. Probablement dans l’espoir que l’été de cette manière dure plus longtemps. Enfin ici je serais au calme.

Lorsque vous passez le portail d’entrée, une légère descente vous fait glisser directement en face de l’entrée de cette ferme vielle de 100 ans. Un Banc sur la droite m’invite déjà à m’assoir un instant afin de me reposer du voyage court mais chaud que je viens de faire. Je découvre un endroit paisible, sur le perron de la porte d’entrée m’attend un braque allemand de toute beauté, tout en finesse et en muscle. Il a une tête amicale, je n’ai pas peur des chiens ce qui m’a joué bien souvent des tours. J’approche ma main il se laisse caresser. J’apprendrais plus tard qu’il se prénomme « Juan Carlos » qu’il a 2 ans et que la grande passion de ce chien est d’accompagner les gens qui partent courir dans les chemins escarpés entourant cette ferme. Il sert de guide, de coach se retournant pour voir si vous suivez. Étonnant animal ! 

Il est le premier que je rencontre de la trilogie d’animaux peuplant la ferme. Je sonne, la porte bleu roi à deux battants s’ouvre. Philippe, le propriétaire des lieux me salue. L’homme est jovial et avenant.  Les cheveux légèrement grisonnant coiffer en arrière, la cinquantaine d’années. Je me sens immédiatement bien, il m’invite à entrer et me propose de visiter ma chambre. En passant le seuil de la porte je remarque sur la gauche un magnifique bureau à cylindre de type Louis XVI. A droite j’entraperçois une grande chambre avec terrasse. J’aurais aimé la visiter mais elle était déjà occupée. La porte d’après tombe sur une pièce bibliothèque un canapé 2 places une table basse, l’endroit donne envie de s’y poser. A droite ma chambre une pièce d’une vingtaine de mètres carrés un lit matrimonial en 140 la pièce est lumineuse au-dessus du lit un ventilateur, brasse un air déjà chaud. Philippe s’excuse du fait que la climatisation ne fonctionne pas due à une panne de dernière minute. En réalité cela est génial je ne supporte pas cet air artificiel que l’on est obligé de subir dans les voitures, dans les maisons, dans les restaurants. La chambre est blanchie à la chaux, au sol, des tomettes. Les fenêtres, encadrements et volets sont de couleur bleu roi. En ouvrant les volets mis en persienne, je découvre la montagne juste en face, la vue est dégagée. Je me sens chez moi. Philippe me propose de m’installer et de venir le rejoindre sur la terrasse. Je n’ai qu’un sac à dos ou j’ai mis mes affaires pour courir, le nécessaire de toilettes. Je voyage aussi léger que possible. J’apprends doucement (il serait temps) à me passer du superflu. Dans la chambre un frigo qui me permettra de mettre les boissons que j’ai préparé pour la course au frais je ne pouvais pas mieux tomber.

Je sors de ma chambre, je traverse la cuisine ou je ne déjeunerais pas demain matin, l’heure de ma course est trop tôt. Dommage une autre fois. Je passe une porte et là j’ai l’impression d’être dans la chanson de Nino Ferrer « on dirait le sud ». 

« C’est un endroit qui ressemble à la Louisiane à l’Italie.  Il y a du linge étendu sur la terrasse et c’est joli »

Une terrasse magnifique, une grande table ou facilement 10 personnes peuvent manger ensemble. Le soleil inonde cette fin de journée, baignant l’endroit dans une lumière légèrement rougeâtre. Philippe me propose de m’assoir afin que nous discutions un instant. Ce que je fais bien volontiers. Je découvre sur la table le second animal de la Trilogie « la Gata » une chatte dont Philippe ignore l’âge. Elle est arrivée là un jour je lui ai donné à manger elle s’est installée et n’est jamais repartie m’explique-t-il. La Gata se laisse caresser sans problème tout en continuant d’être nonchalamment allongée les yeux fermés. Elle ne dort pas comme une grande partie des félins elle ne fait rien qui ne soit pas nécessaire. Comme j’aimerais lui ressembler, comme j’aimerais qu’une grande partie de l’humanité lui ressemble !

Puis de je ne sais d’où arrive « Marie-Carmen » une femelle Braque Allemand, Philippe me présente, la maman de « Juan Carlos » le fameux coatch sportif, guide de moyenne montagne et chien à ces heures. Voilà je connais au complet la famille animale qui peuple la maison. 

Philippe, parle un français parfait, sa maman est Française. Ceci explique cela. Cet homme qui a passé une grande partie de sa vie à New-York, décide un beau matin de quitter la tumultueuse Pomme pour venir au pays de la paella et des Tapas. Un Changement de vie Radical. Je perçois dans notre discussion que cet homme vous voit réellement. Il y a un échange, en créant cet endroit, Philippe, l’a fait à son image. 

En réalité je passe une grande partie de ma vie dans les hôtels qui sont pour la plupart d’une très belle qualité. Une caractéristique commune, les chambres sont faites pour satisfaire en termes de confort le client. Le personnel cherche en permanence à assouvir le moindre de vos désirs. En venant chez Philippe, pensez qu’en réalité cet homme vous ouvre son univers, il a dimensionné sa maison pour vous accueillir pour que vous vous sentiez comme chez vous. L’endroit invite à la méditation au calme aux moments de partage. Un endroit où il fait bon se retrouver autour d’un repas le soir ou à midi. Après Nino Ferrer on se retrouve dans une chanson de Maxime Le Forestier. « C’est une maison bleu adossé à la colline, on y vient à pied, on ne frappe pas ceux qui vivent là ont jeté la clef ». Tout de même un peu différent dans cette chanson, ou il n’y a pas de règles, on nage en pleine foire à la saucisse et personne finalement ne s’y retrouve. Philippe vous propose de découvrir son univers, dans le respect de chacun. Cela fait toute la différence avec « San Francisco » de Maxime Le Forestier. Mais quelle est belle cette « chansiencefiction ».

J’ai trouvé le calme et la sérénité en venant dans cette ferme. Si vous passez par la, saluez pour moi, Philippe, Juan Carlos, Marie Carmen et la Gata. Rappelez-vous : Cortijo La Fuensanta. Tel : 0034 602 46 10 37

Je vais dormir il est temps 23 h déjà le temps passe décidément toujours trop vite lorsque l’on se sent bien.

Allongé sur le dos, je sens le brassage du ventilateur, cela est la dernière chose que je me souvienne. Il faut vous dire que je suis un peu comme ces poupées que l’on allonge et qui ferment les yeux ! A peine allongé, je m’endors. 

Un peu avant 7 heures du matin mes yeux s’ouvrent, la chambre est dans une semi obscurité. Le réveil n’a pas encore sonné, il ne sonnera pas. Je l’arrête. Je profite de cet instant. Je prends le temps de me réveiller, de sentir ma respiration. Profiter de ce calme absolu. Pas de bruit de voiture, juste le chant des oiseaux, quelques cigales commencent à se ventiler. Ce sera une journée chaude. Une légende dit qu’il faut compter le champ des cigales pendant une minute pour savoir la température qu’il fait. J’ai passé une grande partie de ma vie dans le sud de la France, je ne l’ai jamais fait. J’ai cessé également d’écouter la radio en cet été 2019 un rabâchage incessant sur la canicule. Comme quoi il va faire chaud, comme quoi il faut s’hydrater, comme quoi il faut faire attention au soleil. Ça gagne bien sa vie un journaliste Radio ? 

Les gens sont t’ils « Couillons » à ce point-là qu’ils ne soient pas capables de voir qu’il fait chaud ou froid, qu’il fait gris ou soleil, que la pluie tombe ou qu’elle menace de tomber. Croyez-vous que les Inuits sur la banquise aient besoin d’une information sur la température extérieure pour savoir qu’ils doivent mettre un « lainage » pour sortir de l’igloo !!!!!

Lorsque j’étais enfant dans le sud de la France, nous sortions à partir de 16 h de l’après-midi cela était instinctif. Nous n’avions pas besoin que l’on nous dise de boire cela aussi était instinctif. La fontaine du village se transformait en piscine municipale cela aussi nous le faisions d’instinct. 

Pourquoi voulez-vous nous asservir à ce point-là ? je m’égare ! Il fera la température qu’il doit faire. Ne vous en déplaise, je n’ai pas besoin de vos conseils.

Je m’assois enfin sur le bord du lit il est déjà 7h15. Légèrement recroqueviller, les mains jointes comme pour faire une prière. Je repense à ces 2 années de blessures qui ne m’ont pas permis de m’entrainer comme je le Souhaitais. Je pense également à comment j’aurais pu éviter cela. Mais à quoi bon il y a quelques jours, je ne savais pas que j’allais participer à cette course. Il y a quelques semaines, je ne savais pas non plus que je pourrais reprendre l’entrainement. Michel C le médecin qui me suis m’a donné le OK pour reprendre l’entrainement, le premier Aout. Je reviendrais sur l’importance de son entourage médical lorsque nous voulons avoir une activité sportive. L’importance de rencontrer des gens à l’écoute. Je dois stopper le vagabondage de mon esprit il est déjà 7H30 et je dois récupérer mon dossard pour 8 h. J’ai développé une technique pour arrêter instantanément mon esprit de construire des pensées de manière autonome. Je lui demande « qu’elle idée imbécile vas-tu avoir maintenant ? » 

Le croirez-vous ou non à partir de cette question, le calme plat plus une pensée, plus une idée, ne viennent interférer. Une évidence pour moi aujourd’hui, la phrase de Descartes « je pense donc je suis » ne me convient pas. Mon esprit est un élément qui fait partie intégrante de mon corps. Cet organe me servant à apprendre et résoudre des problèmes complexes, en réalité, ne représente pas qui et ce que je suis.  Mais trêve de bavardage. Étant à 10 minutes du centre du village, il ne me reste finalement que peu de temps pour sauter dans la douche et m’habiller.

J’avais soigneusement préparé, mes affaires de course la veille. L’avantage de courir, un short, une paire de basket un tee shirt et une paire de chaussette. Je sors de ma chambre, pour me diriger lentement vers « le Mirador » une place dans Mojacar, ou la vision sur le paysage est à 180°. Je vais récupérer ce fameux dossard. Le soleil est déjà haut dans le ciel, la lumière est encore douce en ce mois d’aout. J’arrive par un dédalle de rue habituellement bruyante et encombré de présentoir, de portants à vêtements, de badauds et promeneurs en tous genres. Je suis seul, oui Mr Goldman « je marche seul » vous l’aurez deviné j’aime bien la musique ! 

Nous sommes peu nombreux à 8h sur la place à peine 3 personnes pour s’acquitter des dernières formalités nécessaires. Les organisateurs ne semblent pas non plus très en avance. Ils n’ont pas fini l’installation pour les vérifications administratives. Installation sommaire. Deux tentes montage rapide, deux tables, un listing d’inscription. Le tour est joué. Je suis inquiet, je n’ai pas de certificat médical, j’étais vraiment loin il y a quelques jours de penser que je m’inscrirais à cette course. Je suis le second dans la file d’attente. J’ai tout de même préparé mon passe port. J’ai également préparé un long discours afin de justifier l’absence du fameux certificat médical. Mon tour arrive. « hola Buenos dias » L’homme en face de moi me regarde. Il me répond « acqui estamos » ce qui veut dire qu’il ne va ni bien ni mal. Il est là tout simplement. Une phrase typiquement Espagnole. Il me demande si je connais mon numéro ? oui je le connais, numéro 99. L’homme cherche le dossard, le trouve, me le tend et barre mon nom de la liste. J’attends ! il me regarde et me dit « listo » ce qui veut dire que nous sommes en règle.  Je lui demande si je peux partir. Il me répond « Hay que correr » cela peut se traduire :  il ne te reste plus qu’à courir.

Décidément j’aime cette façon de faire. Car en réalité tu fais ce que tu es venu faire. Simplement. Pas de complications. Pas d’infantilisation. Tu es responsable de savoir si tu as oui ou non la capacité de t’aligner à cette épreuve.  Tu es responsable de ton inscription. Tu es seul responsable de ton choix. Si tu es là, c’est que tu penses être capable de le faire alors oui « je vais courir ».

Je retourne à ma chambre poser ce dont je n’ai pas besoin à savoir mon passeport, mon téléphone. Je conserve dans la poche arrière de mon short 5 euros au cas où je souhaiterais boire de l’eau fraiche avant le départ. Je passe ma ceinture pour mesurer le rythme cardiaque. J’allume ma montre qui va m’informer de la distance parcourue, du temps qui s’écoule mais surtout de mes pulsations. L’âge n’est qu’une succession de chiffre mais je ne veux pas prendre le risque d’aller au-delà d’un certain seuil. Ce que je fais malheureusement assez souvent. A 57 ans, je ne me bats plus que contre moi-même. 

Je déclenche le Chrono, 30 minutes d’échauffement le temps qu’il me reste avant que le départ ne soit donné. 30 minutes ou malgré le fait qu’il n’y ait pas d’enjeu pour moi. Je ne peux m’empêcher de sentir cette boule au ventre que l’on appelle « stress ». Toutes les compétitions en tous genres auxquelles j’ai participé, je l’ai toujours eu. Quelques fois à vomir. Je crois que cela ne s’explique pas, je ressens un mélange de peur, d’inquiétude, d’angoisse. Probablement dû au fait d’avoir peur d’échouer, ou de décevoir peut-être ?  Ou serait-ce de me décevoir ? 

En réalité, je n’en ai pas la moindre idée. 

Alors je vis avec, je fais avec, je ne cherche même plus à le combattre. Sachant que le départ donné, il disparaitra comme il est venu. Je trottine dans ce gros village, j’accélère. Je ralenti. Je m’accroupi. Je regarde autour de moi cet étrange balai. Je ne suis pas le seul à faire cela. Nous sommes une bonne cinquantaine. Quelques personnes âgées regardent ce spectacle plutôt amusées. 

9h 15 je me dirige doucement vers le lieu où sera donné le départ. Ai-je eu raison de m’inscrire ? 

Je n’ai que 2 entrainements de 5 et 7 kms à mon actif depuis l’accord du docteur. Je ne suis pas prêt. Le spectre de la blessure me hante à nouveau. Cela fait plus de 1 an que je ne peux pas vraiment avoir un entrainement suivi. Je doute. Ne pas prendre le départ ne changera rien à ma vie. Laisse-toi le temps de t’entrainer me dit mon cerveau. Celui-là même à qui j’ai envie de dire en ce moment : 

T’ai-je posé une question à toi ?

T’ai-je demandé ton avis ?

J’aimerais que mon ami soit là, j’aimerais que Pascal soit là. Il saurait les mots à dire. Simplement sa présence. Nous avons tellement parcouru de distance ensemble, mais je sais qu’en ce moment, il traverse une situation difficile. Ce serait plutôt à moi de lui venir en aide. C’est étrange mais le simple fait de penser à mon ami me calme. Il m’aurait surement dit « si tu attends que tout soit parfait alors tu ne feras jamais rien ». Je l’appellerais la course finie.

9h 25 plus que 5 Minutes à attendre ! J’ai soif, j’ai envie d’uriner. Boire je peux le faire en pleine rue. Uriner cela va être compliqué ! Je dois trouver un endroit. Je rentre dans une « heladeria » il y a 5 personnes avant moi. J’attends, je ne peux pas partir sans avoir vidé ma vessie. Fort heureusement tous et toutes ont la même envie que moi seulement soulager leurs vessies. Il reste 3 minutes avant le départ. Je me place dans la seconde ligne. Je suis déjà à 140 de pulsations et je n’ai pas commencé à courir ! 

Cette phrase est présente à mon esprit «si tu attends que tout soit parfait alors tu ne feras jamais rien » 

C’est parti, avec une telle rapidité que la troisième ligne s’est mélangée à la seconde. Ça pousse fort derrière. Tiens je n’ai plus de stress. Je cours. La descente est rapide, très rapide. 500 mètres que nous sommes partis (es) je suis à 4m35 au kilomètres et je me fais doubler. 500 mètres à retenir, contrôler, freiner pour ne pas se laisser emporter et prendre le risque de tomber dans la descente. J’ai les muscles des cuisses en feu. Je sais à ce moment que le rythme sur un 10 Kilomètres est trop rapide pour moi. De plus je n’ai pas d’entrainement. Mais étonnamment mon rythme cardiaque est à 135 pulsations ! 

2eme Kilomètres la descente s’est calmée. Nous attaquons une série de tôle ondulée. Alternance de montée et de descente. Le Rythme que je soutiens est toujours trop élevé. Je cours à 4 minutes 5O au kilomètre mon cardio affiche 170 pulsations. Avec le peu d’entrainement, je ne tiendrais pas cette cadence. Bonne nouvelle aucun signe de douleur musculaire dans la jambe. Je continu à dire à ce tyran de cerveau je ne veux pas sentir de signaux de douleur. Je suis guéri. Tu m’entends je suis guéri. En tout cas je m’en persuade !

La route amorce un virage pour entrer dans les terres. Mauvaise pioche comme on dit dans le jeu des 7 familles le vent que nous avions en latéral, nous l’avons maintenant de face. Je n’ai jamais su gérer ma respiration dans ces conditions. Il est fort et par rafale. Je m’asphyxie. Pour une reprise en douceur c’est génial !

Le vent dessèche mes lèvres. J’ai soif. Habituellement je cours avec un « Camel-bag ». Mais là je n’ai pas d’eau, j’ai écouté Pascal. Cela fait quelques temps qu’il me dit « enlève tous ce qui ne sert à rien. Retrouve juste le plaisir de faire les choses simplement ». c’est pas lui qui souffre !

Oui mais là j’ai soif et nous ne sommes qu’au quatrième Kilomètres. Le premier ravitaillement se trouve au cinquième ! je souffre. Je me demande ce que je fais là ? il y a la plage, les « chiringuito » bar de plage. Je pourrais être tranquillement assis en face de la mer à boire un café. Je suis là dans un chemin poussiéreux et caillouteux, balayer par un vent à plus de 50 km/h à cavaler après je ne sais quoi par 35° à l’ombre. Quel couillon ! mais quel Couillon avec un C majuscule.

Ma montre m’indique que j’ai parcouru 5 kilomètres. La colonne de coureur s’étale comme les wagons d’un train. La locomotive doit être loin. Je suis dans le milieu de la rame. Et je rame de plus en plus fort. Le mental prend maintenant le dessus. Il y a deux nouvelles une bonne et une mauvaise. La mauvaise est que je n’arrive pas à respirer avec le vent et que mon cardio monte à 185 pulsations. La bonne je ne ressens aucun signe de douleur. 6eme Kilomètres, le ravitaillement est en vue de l’eau. Je me sens fatigué. Mon rythme sur ce dernier kilomètre a baissé je cours maintenant à 5 Minutes 20 au kilomètre. Peu importe maintenant l’objectif est de finir. Nous allons débuter la remonté vers Mojacar. 8eme kilomètres la montée est la devant moi. Une route bétonnée qui monte sur 1800 mètres nous faisant passer du niveau de la mer à 177 mètres d’altitude selon mon GPS. Physiquement je m’écroule. Je puise mes forces dans le mental. Ma respiration haletante, ressemble aux cours que j’avais pris pour aider ma femme à accoucher !

Chaque foulée est une souffrance. J’ai les muscles des cuisses en feu. Mais je n’ai pas de douleurs. Ce simple constat me pousse vers l’avant. Le fait aussi que j’ai des coureurs devant moi qui ont l’air de souffrir le même calvaire que j’endure. Je m’accroche à leurs baskets. Je ne regarde plus rien autour juste leurs baskets et le rythme de leurs foulées. Nous sommes à 9 minutes 39 au kilomètre. Peu à peu nous distinguons les gens qui se sont amassés à l’entrée du village. Je perçois leurs messages d’encouragement, les applaudissements comme dans un rêve. Ce que j’entends le plus, ce sont les pulsations dans mes tempes qui résonnent comme une cadence de tambour sur une galère. Nous entrons dans ce dédale de rues qu’est Mojacar, je ne vois maintenant que mes foulées et le traçage au sol m’indiquant l’arrivée. Plus que 200 mètres et mon calvaire se termine. Je vois la ligne d’arrivée en haut de cette côte interminable de 50 mètres de long. Cette ligne mettra fin à cette course. Je suis surpris par la pensée qui traverse mon esprit. Je suis presque triste que cela se termine !

Je passe la ligne, un homme me fait signe, une douchette de super marché à la main. Il m’arrête et scanne mon dossard. 

Je reste immobile, une tape amicale dans le dos m’indique que je dois bouger.

la course est finie. J’ai fini, je n’ai pas mal, je ne suis pas blessé !

Certains pourront ou pourraient penser quelle histoire pour 10 Kilomètres de course à pied.

Oui quelle histoire, Pascal aurait probablement dit « Ce n’est ni la distance ni le prestige d’une manifestation qui font la beauté de l’évènement mais le défi que chacun relève dans son effort.  Il serait bon que dans ce monde chacun soit récompenser en fonction de l’effort qu’il fait. Que chacun soit payé selon son due. »

En réalité c’est que mon ami m’a dit lorsque je l’ai appelé après la course. J’ai senti dans sa voix de la mélancolie. Je sais qu’une grande tristesse au fond de lui est présente. Je le verrais bientôt.

Il ne me reste que 6 jours pour préparer la prochaine course. Qui elle se déroulera en ville sur 5 kilomètres. Mon défi sera de faire cette distance en la parcourant en 20 minutes. Ma blessure ne s’est pas manifestée et cela est fantastique. Chaque training, chaque course est une marche pour les 40 kilomètres du trail auquel je dois participer en décembre dans l’Aveyron. 

                                                           Pacco Palnes

A parcourir le monde , se peut-il que nous finissions par devenir un fantôme ?

Photo John Towner

J’ai longtemps hésité, à me lancer, dans l’aventure d’un blog, d’une page d’écriture, d’articles, et pourquoi pas vous livrer mes pensées les plus intimes. Des réflexions qui traversent l’esprit tout au long des voyages qui accompagnent mon existence.

Puis un jour, voila les premiers mots apparaissent sur la page. Comme une bouteille jetée à la mer.

  • Pourquoi ?
  • Pourquoi pas ?

J’ai lu tellement de livres, intéressants, certains beaucoup moins et d’autres ou j’aurais mieux fait d’aller passer du temps au bar afin de rencontrer des gens. Vu des émissions à la télévision, écouter des débats radiophonique d’ une nullité à faire pâlir. Alors je me suis dit que j’aurais bien au moins deux ou trois personnes qui liront ce que j’ai à dire. “rire”.

photo Pacco Palnes

Nous avons tous nos propres filtres, chacun de nous pose un regard différent sur ce monde. quelques fois notre vision est claire, quelques fois altérée par des éléments que nous ne maîtrisons pas forcément. Bien souvent par notre façon de penser d’envisager les situations. Alors peut être que je peux discuter avec vous au travers de ce blog. Vous montrer ma façon de voir ce monde ?

je vous conterais, les aventures, les joies et les peines de mes amis (es) peut-être même, les miennes. Si je me sens en confiance.

Je vous montrerais probablement mes photos et celle d’amis (es) photographes. Des photos qui me parlent, que j’apprécie qui m’émeuvent.

J’espère que nous passerons de l’émotion, de l’envie de se rencontrer, au travers de ces images, de ces mots. peut être même que le fantôme que je suis devenu se matérialisera au travers de ces pages. Peut-être même que mon âme guérira grâce aux mots que je poserais sur ce papier virtuel. Il se peut même que mon amour me pardonne d’avoir disparu.

Pacco Palnes.